Copenhague : les restrictions budgétaires menacent l’éducation

©Claire Duhamel

En raison des restrictions budgétaires danoises, l’université de Copenhague risque de fermer plusieurs départements. Etudiante en première année de licence en tibétologie, Renée ignore si elle pourra poursuivre ses études. Rencontre.

Mieux vaut tard que jamais

« A 27 ans, j’ai enfin trouvé des études qui me correspondent et me passionnent : la tibétologie ». Après plusieurs essais et réorientations, Renée suit une formation qui lui apporte d’une part des connaissances sur le bouddhisme, la civilisation et les relations étroites entre le Tibet et la Chine, et d’autre part des compétences en traduction en tibétain classique et moderne. Au Danemark, cette formation n’est offerte qu’à l’université de Copenhague.

Début février, l’étudiante danoise reçoit un communiqué de l’université. Renée est consternée : « Après seulement quelques mois d’études, on m’annonce que je ne pourrai sûrement pas suivre ma formation jusqu’au bout. » En effet, l’université a décidé de renvoyer son professeur. A terme, l’objectif est de fermer le département de tibétologie.

532 personnels en moins pour l’université de Copenhague 

Le nouveau gouvernement de centre-droit, élu en juin 2015, a annoncé pour son mandat une coupe budgétaire de 8.7 milliards de couronnes danoises (soit 1.17 milliard d’euros) concernant l’Education.

Au début de l’année 2016, les étudiants apprenaient le départ de 532 professeurs et personnels de l’université, soit 7% des employés. 323 départs se sont fait sur la base du volontariat. 209 autres sont des licenciements.

Quelles conséquences ?

Si l’effet est minime pour la plupart des filières, certains départements d’études entiers comme le Grec ancien ou les Etudes hébraïques vont fermer. Des dizaines d’étudiants risquent de se retrouver sans professeurs, donc sans formation et sans diplôme. C’est le cas pour la licence de tibétologie, dont l’enseignement est assuré par un professeur à temps plein et un autre à temps partiel. Début février les quinze étudiants en licence de tibétologie apprenaient le renvoi imminent de leur professeur à temps plein, Jan-Ulrich Sobisch.

Mon droit ? Recevoir l’éducation et le diplôme promis

L’avenir de Renée est donc incertain et ses questions restent sans réponse : « Pourrais-je aller au bout de la formation que j’ai choisie ? Celle qui m’a été proposée par l’université ? Si oui, dans quelles conditions ? ». Nombreuses sont les associations étudiantes qui se sont déjà levées contre ces mesures. Des discussions ont été entamées entre les syndicats étudiants et les représentants de l’université. Ceux-ci pourraient proposer un compromis : intégrer la tibétologie en option d’un programme plus large, comme les études asiatiques.

Mais cela ne satisfait pas Renée : « La tibétologie ne devrait pas se réduire à une option. Il s’agit de 1200 ans d’histoire et d’héritage complexes. Le bouddhisme est un domaine de recherche encore vaste à explorer et qui nécessite des experts. » S’ajoute à cela la crainte réelle d’une perte de qualité des programmes. Jan-Ulrich Sobisch est temporairement remplacé par un étudiant en master « compétent » selon Renée, « mais qui n’a pas le niveau requis par l’université de Copenhague, qui demande un doctorat pour avoir la légitimité d’enseigner ». Dans un contexte où le gouvernement prend des mesures d’austérité afin de réaliser des économies, Renée comprend que son secteur d’étude ne soit plus rentable. Seuls une quinzaine d’étudiants sont inscrits au département de tibétologie, tous niveaux confondus. Mais l’étudiante proteste aujourd’hui : « On m’a proposé une formation, mon droit est de recevoir l’éducation et le diplôme promis. Je souhaite seulement être traitée correctement, que l’on respecte mes droits. Je ne devrais pas douter de la qualité de l’enseignement fourni, ni de la finalité de ma formation. Aujourd’hui, je n’ai pas peur de me battre, mais à quel prix? »

D’autres opportunités à l’étranger

Renée envisage d’aller à Hambourg, où elle pourrait y étudier la tibétologie. Néanmoins, elle précise : « Je ne suis pas certaine que l’enseignement soit le même que celui que j’ai reçu. Et puis ce n’est pas facile de déménager, de quitter ma famille, mes amis, de m’adapter à une autre langue et une autre culture. Et puis cela à un coût… Suis-je contrainte de quitter mon pays pour avoir le droit d’étudier ? »

Sarah Andersen, Copenhague

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