Les études vues d’ailleurs : l’oral privilégié en Italie

Incorpration des etudiants dans la section allemande de la université de Bologne, la „Natio Germanica Bononiae“, 15ième siècle. Source: Wikicomons

Passer quatre heures à « plancher » sur une copie, les étudiants français y sont accoutumés. En Italie, il en est tout autrement. En effet, dès le collège, les oraux sont privilégiés comme support d’examen. Un système de notation particulier qui ouvre d’autres perspectives et qui développe des aptitudes différentes.

« Les oraux permettent à l’étudiant de développer des capacités de communication, d’argumentation et de dialogue » explique Angelo-Maria Magini, professeur de littérature italienne à l’Université de Bologne. Ainsi, il ne faut pas considérer les oraux comme des interrogatoires mais comme des conversations. L’étudiant est libre de construire son discours et peut même défendre ses propres idées, initiative plutôt risquée à l’écrit.

Organiser ses idées

Un examen oral implique une capacité d’organiser ses idées assez rapidement et de les exposer de manière intelligible, claire et pertinente, ce qui n’est pas toujours exercice aisé : « ce sont des compétences qui seront nécessaires aux futurs professionnels que nous formons » précise le professeur en lettres. Néanmoins, M. Magini souligne l’importance des écrits qui permettent sans aucun doute de développer d’autres compétences tout aussi essentielles.

En effet, ayant travaillé de nombreuses années dans un système universitaire anglo-saxon, ce professeur est tout autant familier avec les devoirs sur table. Selon lui, il ne faudrait pas favoriser une méthode plutôt qu’une autre : « un équilibre entre écrits et oraux serait parfait, car tous deux stimulent l’étudiant différemment. »

Etudiants habitués

Pourtant en Italie, « Les examens oraux sont fondamentaux dans le système éducatif. Depuis toujours, nous sommes directement confrontés aux professeurs lors de nos évaluations, nous sommes habitués » signale Giorgia Pizzardi, étudiante en deuxième année de littérature à Bologne.

Cette dernière considère le système italien pertinent puisqu’il permet aux élèves de s’exprimer correctement à l’oral et de dépasser certaines appréhensions. Mais qu’en est-il des étudiants étrangers qui durant un ou deux semestres seront confrontés à un mode d’évaluation différent de celui de leur pays d’origine ?

Crédit photo : Charlotte Boniteau.Crédit photo : Charlotte Boniteau.

Étudiant en cinquième année de médecine, Diego Rojo est espagnol. À son arrivée en Italie, il est étonné par ce système de notation. « En Espagne on ne passe que des examens écrits ! ». Ce dernier souligne que sa manière d’étudier a évolué : « nous n’apprenons pas de la même façon que ce soit pour des écrits ou des oraux ». Habitué aux questionnaires à choix multiples, il s’est adapté à ce fonctionnement et a également dépassé l’obstacle de la langue. « Être interrogé lors de mes examens en italien m’a motivé a faire davantage d’efforts dans mon apprentissage de la langue », précise Diego.

Après des années passées dans le système éducatif italien, Giorgia, habituée aux oraux, s’est rendue compte que c’est en parlant que les idées viennent ! Diego reste assez mitigé, tout dépend de l’examinateur : « certains posent des questions très générales, attendant ainsi des réponses développées et organisées ; en revanche, d’autres posent des questions plus courtes et attendent des réponses précises ». Huit mois après son arrivée en Italie, Diego se sent toujours plus à l’aise avec les écrits, « c’est sûrement une question d’habitude » conclue-t-il. Il est cependant conscient de l’intérêt à échanger directement avec le professeur. Au de-là du changement, il insiste néanmoins sur l’aspect pratique des oraux car finir un examen en vingt minutes, c’est assez singulier et in fine motivant !

Examen-express pour les étudiants, il en est autrement pour les professeurs. Le Docteur Angelo-Maria Magini précise : « Dernièrement, j’ai interrogé 120 élèves. Cela représente environ une semaine d’écoute. Écouter ses élèves durant tant de temps, c’est intense, fastidieux mais ô combien stimulant pour eux comme pour moi ! »

                                                                                                          Charlotte Boniteau, Bologne

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