Lille : Obtenir une convention de stage hors cursus via l’université, un projet utopique ? 1

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L’insertion professionnelle est l’une des principales inquiétudes des étudiants en début de licence. Si les universités mettent un point d’honneur à jouer les intermèdes entre la sphère étudiante et celle de l’entreprise, les stages semblent être une denrée rare dans les universités Lilloises.

 « C’est simple : pour être admis dans notre école, il faut avoir d’excellents résultats universitaires, ET une ou plusieurs expériences professionnelles réussies. Les deux sont absolument nécessaires » assène Yves Renard, Directeur adjoint de l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille.

Ce postulat est également valable pour nombre d’autres écoles sélectives, ainsi que de nombreuses entreprises friandes de jeunes expérimentés au sortir de leurs études. La logique voudrait donc qu’un étudiant effectue une période en entreprise afin de multiplier ses chances lors de ses futures embauches. Première étape ; se rendre au Bureau d’aide à l’insertion professionnelle, lieu dédié aux stages et autres premiers emplois :

« C’est impossible. En licence, nous ne délivrons aucune convention de stage. Nous nous occupons seulement des élèves qui ont un stage intégré dans leur parcours universitaire, et ce n’est pas le cas en licence. » Ah.

Effectivement, les étudiants en licence dans les universités Lilloises ne peuvent effectuer un stage volontaire en entreprise. Pourtant, ce n’est pas la motivation ni l’envie qui leur manquent. Le sondage publié sur la page Facebook du blog Campus Lille (link)  révèle que la totalité des étudiants interrogés, toutes licences confondues,  auraient rêvé d’un stage dans leur parcours universitaire. Malgré leurs démarches, aucun d’entre eux n’a pu obtenir la fameuse convention, passeport de l’étudiant dans le monde de l’entreprise. Emeline, étudiante en licence d’anglais, nous confie :

« J’avais décroché un stage d’une semaine à France Inter. C’était en mai, mais la fac ne pouvait répondre favorablement à ma demande car le conseil d’administration se réunissait en juin… La responsable de L1 était partante pour me soutenir, mais ne m’a jamais recontactée »

Bien que la demande soit réelle, Lille 3 se refuse catégoriquement à encourager ses élèves de licence à chercher un stage. Leur étendard étant la protection de leurs étudiants : le Bureau d’insertion professionnelle souligne le danger d’exploitation auquel se confrontent les étudiants, en particulier sur de longues périodes, et soutient que délivrer une convention à un élève qui n’a pas de stage en entreprise obligatoire est illégal. Pourtant, de nombreuses universités françaises contournent ce problème. Ils créent une option d’ouverture « découverte de l’entreprise », laquelle est facultative et encadrée par l’université pour tout élève volontaire.  Aude, étudiante à Paris IV, en témoigne :

« Il faut que le stage soit en rapport direct avec notre licence, autrement ce n’est même pas négociable. Une fois l’entreprise trouvée, c’est un parcours du combattant : il faut faire signer la demande de convention par un professeur Tuteur, qui nous appuiera dans notre expérience. Ensuite par notre tuteur de stage, et enfin par le Bureau qui valide notre inscription dans l’option facultative, et enregistrera notre note. »

Interrogée sur l’exploitation des stagiaires dans le monde professionnel, elle répond :

« Il est indéniable que pendant ces trois mois de stage, j’ai travaillé autant qu’un employé, alors que je touchais seulement la gratification minimale (environs 520€, NDLR) mais là où les adultes voient une exploitation, je vois une opportunité : celle d’une source de revenus supplémentaire, d’une ligne de plus à mon CV, d’un nouveau réseau, et de la certitude du métier que je vise. »

Un problème majeur se pose ici : parmi nos étudiants sondés, la grande majorité s’est simplement résignée. Mais d’autres ont fait le choix risqué d’effectuer leur stage sans convention, comprenez sans contrat légal, sans assurance et sans garantie de rémunération. Ce choix est révélateur d’une angoisse réelle quant à l’entrée sur le marché du travail au sortir des universités. Certains, comme Aude, préfèrent aujourd’hui risquer l’exploitation, pour avoir demain les armes nécessaires à leur entrée en entreprise ou en Grande Ecole, regrettant de ne pas trouver en leur université la passerelle vers l’emploi qu’ils réclament.

Alhéna Domela et Sarah Nedjar


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Commentaire sur “Lille : Obtenir une convention de stage hors cursus via l’université, un projet utopique ?

  • Clermonté Alexandre

    De mon côté universitaire, je suis actuellement en licence pro en énergétique à Orléans. Durant ma formation j’ai effectué plusieurs stages en entreprises encadrer par la formation car le stage est considéré come une matière indépendante à la formation. Je ne peux donc témoigner sur les problèmes rencontrés comme lu dans cette première partie de l’article. Mais je comprends le désarroi et la peur des étudiant sur cette illogique complète entre la professionnalisation des étudiant et le suivie inexistant de l’université.

    Dans le monde du travail actuel, il est indispensable à notre niveau de formation d’effectuer des stages pour rentrer chez les entreprises car nos diplômes représentent un niveau de connaissance mais pas nos aptitudes dans les postes visées. Je comprend donc la détermination de certains à passer outre le cadre légal pour se faire soit même sa propre expérience par des stages non universitaire qui incluent de grande inquiétude sur la rémunération et le cadre de travail.

    De surcroît je partage le point de vue de l’interrogé dans la deuxième partie de l’article sur le fait que les stagiaire à notre niveau, où nos sommes exploitées pour un salaire minimum de misère par rapport au travail fournit. De mon expérience personnelle les heures ne sont jamais respecté, les semaines de 35 heures sur le contrat est très loin de la réalité. Nous fournissons sur des stages de longue durée un travail équivalent à un employé standard dans l’entreprise mais avec une pression supérieure.

    Tous ces sacrifices sont faits dans le but d’une meilleure insertion, de ligne supplémentaire sur notre CV et de ce faire des contacts. Il est donc indispensable de faire des stages mais totalement illogique à cette université lilloise de ne pas ouvrir les yeux sur les problèmes existants sur ce domaine.

    Courage à vous tous dans vos recherches de stages. Le travail paye toujours.

    Alexandre Clermonté