Réorientation à l’université : le pari gagnant

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Sommes-nous sur-informés, ou pas assez ? Alors qu’en France les formations post-bac se multiplient, de nombreux étudiants se sentent perdus à l’heure de choisir leur avenir. Ainsi, 46% d’entre eux se réorienteraient à l’issue de leur première année d’étude supérieure. Qui sont ces étudiants qui ont décidé de changer de parcours ? Comment trouver sa voie, ne pas se tromper ? Témoignages et ébauches de réponses.

Pas facile, à 18 ans, de savoir ce que l’on veut faire de sa vie. Le site APB (Admission Post Bac), cauchemar des parents, est aussi celui des élèves de terminales. Si certains ont une idée précise du métier qu’il veulent faire et de la voie pour y parvenir, d’autres sont plus dubitatifs. Ceux-là se demandent quels choix faire, face aux centaines de possibilités qui s’offrent à eux. C’est le cas de Juliette «  En terminale, j’avais des milliers d’envies, mais aucune ne sortait vraiment du lot. Sur APB j’ai demandé plusieurs formations qui n’avaient pas forcément de liens entre elles ». Attirée par le journalisme, Juliette opte finalement pour une licence de droit à Bordeaux, avant de réaliser que le droit, ce n’est pas vraiment son truc « C’est une méthodologie difficile à acquérir et je me sentais super seule face à cette énorme montagne. » À la fin de sa première année, Juliette décide alors de quitter sa Gironde natale pour Lille, où elle s’inscrit à l’Académie de l’Ecole Supérieure de Journalisme de Lille, en double-licence avec la fac de Lille 3 (en histoire).

Un manque d’informations

« Depuis que je suis petite, le métier de journaliste me fait de l’oeil, je ne savais juste pas quel chemin prendre pour y parvenir», explique-t’elle. L’information, c’est aussi ce qui a manqué à Elina. Au terme de deux ans de prépa en vue de passer les concours d’entrée aux écoles d’orthophonie à Amiens, la jeune fille n’obtient qu’un seul écrit. L’oral n’est pas concluant. C’est à ce moment là qu’elle apprend, au cours d’un stage, qu’il lui manque des cours de comptabilité « Les prépas ne donnant aucun diplôme et étant une charge financière non négligeable j’ai du faire le choix de me réorienter afin d’assurer mes arrières ». Elina part donc en DUT finance compta, afin de parfaire ses connaissances. Avec l’argent mis de côté grâce à l’alternance, elle parvient au bout de 3 ans à se payer à nouveau une prépa.

Alors, sommes nous mal informés ? Pour Alicia, pas de doute  « on est trop informés et souvent pas assez mature pour choisir une orientation ». Des facteurs handicapants. D’après Catherine Lenain, responsable sur service orientation de l’Université de Lille 3 (SUAIO), les étudiants choisissent parfois leur formation un peu au hasard, sans se rendre réellement compte du travail qui leur sera demandé « Les étudiants (en réorientation) disent le plus souvent ne pas être intéressés par la filière dans laquelle ils s’étaient inscrits : pas compris l’objectif, des cours ne répondant pas aux attentes initiales et bien évidemment étudiants qui constatent des difficultés de réussite dans la filière ». Cas récurrent, surtout dans les classés préparatoires au rythme très intense. Charlotte, qui a passé plusieurs mois dans une prépa ingénieur, en témoigne  « Le rythme demandé est très dur à gérer: faire des journées de 8h-18h très intenses, devoir continuer de bosser 3 ou 4h par soir, sans forcément avoir des résultats qui suivent derrière… ». La jeune fille n’a d’ailleurs pas terminé son année et, après avoir travaillé quelques temps dans un bureau, elle s’est réinscrite l’année suivante dans un DUT. Aujourd’hui, elle est en L3 Management et Sciences de Gestion, en alternance avec Paris. Elle n’a jamais regretté son choix « l’alternance (…) me permets de concilier cours et monde de l’entreprise, je suis très heureuse dans ce que je fais ».

Sécurité, vocation tardive…Des raisons diverses

Si les étudiants finissent souvent par trouver leur voie, le parcours pour y arriver n’est pas toujours aussi facile. La peur de ne pas trouver de travail est aussi l’une des causes qui poussent les jeunes à opter pour la sécurité. C’est le cas d’Alicia « J’étais sûre de mon orientation depuis la 5ème et en terminale j’ai changé d’avis, plutôt que de tenter des écoles d’art, je me inscrite en BTS communication… Parce que c’était rassurant pour mes parents surtout. » Sauf que la communication ne lui plait pas plus que ça « En BTS Communication, on nous apprenait à vendre des produits à mettre sur pieds des concepts qui avaient pour seul but de faire vendre… Jouer à la marchande ça m’avait jamais plu. ». Alors, elle s’inscrit en L1 en licence de Lettres Modernes puis à l’Académie ESJ, qu’elle intègre directement en L2. Cette attirance pour le journalisme, Alicia l’a découverte grâce à des stages.


Mais une vocation met parfois du temps à se manifester. Pour Louis, elle est arrivée après son diplôme de master à Sciences-Po. En terminale, bon élève, en section S mais doué dans les matières littéraires,  Sciences-Po semble un choix logique pour l’étudiant passionné d’histoire et de politique. Après une année de classe préparatoire couplée à une licence d’histoire, il parvient à intégrer l’Institut d’Etudes politiques (IEP) de Lille. Mais en master, il s’ennuie, ne parvient plus à s’intéresser au cours. Il a du mal à s’orienter professionnellement et cherche du plus concret. Le déclic arrive lorsqu’il passe une journée dans un cabinet de dentiste « J’ai réalisé que je voulais travailler au contact des gens, que j’avais envie de quelque chose de plus « manuel » que le travail de bureau, que c’était l’aspect « gestion de projet » de mes stages qui ne me convenait pas et que j’avais besoin de quelque chose de plus stimulant pour espérer être épanoui dans mon travail.

Louis candidate donc en deuxième année d’études d’odontologie (une passerelle existe avec les Master de Sciences-Po), mais seuls les candidats au profil très scientifique sont retenus. Alors, il décide de s’inscrire en première année de PACES (Première Année Commune aux Etudes de Santé), qu’il avait écartée au lycée par peur de s’y ennuyer. À 22 ans, Louis reprend donc ses études à 0 « la chose qui me faisait le plus peur, c’était de regretter dans 10 ans de ne pas avoir au moins tenté le coup. ». Avec cette formation, le jeune homme espère intégrer la Faculté de Chirurgie Dentaire l’année prochaine « C’est une année qui demande beaucoup de sacrifice sur le plan personnel mais plus j’avance et plus je me sens à ma place. ». Ses résultats suivent.

Un accompagnement nécessaire

Quelles que soient les raisons qui les motivent, les parcours de réorientation sont nombreux. Pour l’année scolaire 2015/2016, la procédure de réorientation de fin de 1er semestre à la seule Université de Lille 3 a intéressé 217 étudiant(e)s, contre 280 en 2014/2015. Mais si les cas sont hétéroclites, les étudiants se heurtent souvent à la même difficulté : convaincre leurs proches de leur motivation « J’ai eu la chance d’être très bien entouré pendant la démarche : ma copine m’a encouragé et mes parents ont accepté de me soutenir financièrement., estime Louis. Cela a été plus laborieux pour Charlotte « Ma mère a eu un peu peur quand je lui ai dit que je voulais arrêter, elle ne voulait pas, mais après en avoir beaucoup parler avec elle et l’avoir rassurée, surtout sur le fait que je voulais me réorienter et pas juste arrêter les études, elle a compris. ». Pas toujours facile pour les parents de comprendre les choix de leur enfant, encore moins de les accompagner. Heureusement, les étudiants ne sont pas livrés à eux-même. Les universités proposent également souvent de les suivre dans leur cheminement. À Lille 3, le SUAIO organise régulièrement des ateliers de réflexion pour aider les étudiants à bien choisir sa filière, et l’informer des procédures administratives. Des procédures qui peuvent parfois être compliquées, comme en témoigne Juliette « C’est une horreur pas possible. Je n’ai pas été inscrite officiellement à la fac avant décembre. » . D’où la nécessité d’être bien accompagné.

Un pari souvent gagnant

Finalement, la plupart de ces étudiants ne regrettent pas leurs choix  « Je sais que j’ai trouvé ma voie. En plus, l’alternance me le confirme et me permets de concilier cours et monde de l’entreprise, je suis très heureuse dans ce que je fais », raconte Charlotte. Idem pour Marion « Cette année, je me suis spécialisée en littérature, notamment en poésie, et j’adore réellement. Grâce à la prépa, j’ai appris la méthodologie de la dissertation, l’organisation et l’efficacité. ». Même si d’aucuns doutent encore un peu, il n’est jamais trop tard pour se remettre en question.

Cependant, un reproche revient souvent : la surenchère de certaines formations ultra-connues, qui noient d’autres plus susceptibles de plaire « je trouve qu’en général, que ce soit au lycée ou à la fac, on est très mal informer sur ce qui existe, et très mal conseillé.. il y a beaucoup de formations ou de métiers dont j’ignorais l’existence et qui m’auraient beaucoup plus. ». Pour y remédier des initiatives se développent. Comme le site MonBuddy, créé par des étudiants de Sciences-Po. Le concept est simple : mettre en relation des étudiants avec des lycéens, afin de les aider dans leurs choix. 

À tout ceux qui hésitent à se réorienter, Elina conseille de foncer   « J’ai su décrocher un niveau bac+3, et peu importe ce que me réserve la suite, j’aurais au moins la possibilité de dire « j’ai tout essayé pour donner le sens que je voulais à mon avenir professionnel ».

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