Séville : les fantômes de l’exposition universelle

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En 2015, Milan hébergeait la prestigieuse et coûteuse Exposition Universelle. Après avoir déambulé dans cette zone gigantesque, en admirant les somptueux pavillons de quelques 137 pays, on repart avec une question aux lèvres : que deviennent toutes les merveilles construites pendant les expos ?

Bien sûr, certaines installations deviennent permanentes, jusqu’à en devenir des symboles, comme la Tour Eiffel, construite à l’occasion de l’exposition universelle de 1889 à Paris ; ou, à une échelle moindre dans ma ville d’accueil, la Plaza de Espana de Séville, construite lors de l’Expo de 1929.

Et qu’advient-il des 99% du reste des installations ?

L’exemple de Séville

La visite de la presqu’île de la Cartuja à Séville, qui a abrité l’exposition universelle de 1992 à Séville, apporte un début de réponse.

Ici, une université. Là, un palais Arabe. Là encore, un bâtiment conique, peint en arc-en-ciel.

Avec ses structures de toutes formes et de toutes couleurs, la Cartuja détonne avec le style arabo-andalous de Séville. C’est cette zone, située sur une presqu’île au milieu du Guadalquivir, qui a accueilli l’exposition universelle en 1992.

Le choix de ce quartier n’était pas anodin : Christophe Colomb y aurait préparé son voyage pour les Indes, avant de découvrir l’Amérique; et l’Expo de 1992 avait pour thème « L’ère des découvertes ».

L’expo a changé du tout au tout le paysage de Séville : la construction de nouveaux ponts entre les deux rives de la ville, et celle de meilleures autoroutes pour rejoindre facilement le sud de l’Espagne se sont avérées indispensables. Le budget était, comme pour chacune des Expositions Universelles, colossal. D’ailleurs, vingt-cinq ans après, la ville en garde encore une dette d’un milliard d’euros.

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Pavillon Hongrois à l’abandon. Photo : Aurélie Bondu

Des palais en friche

Néanmoins l’Expo a eu le succès attendu, et les touristes ont ainsi pu admirer la Cathédrale de Séville et sa Giralda, la Plaza de Espana, les arènes des corridas… Ainsi que le dédale de pavillons, construits par les différents pays afin de donner une idée de leur culture, et parfois de redorer un peu leur image.

Les bâtiments de la Cartuja en sont donc les vestiges. Beaucoup ont été démontés pour être ramenés dans leur pays d’origine après l’exposition. Une partie des installations restées sur le site a été revendue à des entreprises et en abritent les sièges; d’autres accueillent un parc scientifique, Cartuja 93, censé redonner de l’élan à cette zone en réhabilitant les vestiges de l’Expo. Mais le plus surprenant est que les installations restantes sont à l’abandon.

De somptueux palais sont en friche, et presque personne ne vient visiter cette incroyable partie de la ville. Beaucoup ne soupçonnent même pas son existence.

Un quartier fantôme

La Cartuja se divise en plusieurs parties : l’une abrite l’université de communication, une autre Isla Magica, un parc aquatique très prisé l’été, et la dernière constitue ce que l’on pourrait appeler un quartier fantôme. En image, voici les pavillons restants, qu’ils soient réhabilités ou à l’abandon.

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Intérieur d’un pavillon à l’abandon. Photo : Louise Le Bellu

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Extérieur du même pavillon. Photo : Louise Le Bellu

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Pavillon Marocain reconverti en siège de la fondation Tres Culturas. Photo : Louise Le Bellu

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Pavillon de l’Union Européenne, fermé depuis 2012. Photo : Louise Le Bellu

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Monastère de la Cartuja. Photo : Aurélie Bondu

A quelques centaines de mètres de ces friches surréalistes se situe le Monastère de la Cartuja, qui donne son nom à l’Île. Transformé en lieu de réception pour les chefs d’Etat lors de l’Expo, il a depuis été réhabilité en Musée d’Art Contemporain.

 

 

 

 

Le bilan de cet événement mondial est donc mitigé. L’Expo a permis de donner une certaine vigueur et plus d’accessibilité à la capitale Andalouse, mais sur le plan économique, c’est un fiasco.  Vingt-trois ans après l’exposition, il reste encore pas moins de dix-sept pavillons auxquels la ville n’a pas donné de seconde vie, et le chantier de leur réhabilitation n’est pas encore une priorité.

Fleur Le Bellu

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