Train, bus en Slovaquie : les Anciens et les Modernes

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Bien qu’entrée dans l’Union Européenne depuis 2004, la Slovaquie garde encore des traces de l’ère communiste. Les transports en commun (bus, trains) sont un bon exemple de ce chevauchement des époques. Etat des lieux mêlés d’infos pratiques de notre correspondant Erasmus. 

Il y a des jours avec ou sans Anciens, avec ou sans Modernes. C’est ainsi que se conçoit l’utilisation des transports en commun en Slovaquie. Contrairement à ces Messieurs les artistes du Grand Siècle, les bus et les trains ne se querellent pas, mais cohabitent.

Dégaine des véhicules

Côté bus de ville, les jours vieillis se voient à travers des vitres d’engins de marque Skoda estampillés « Made in Czechoslovakia ». De conception très anguleuse, ces rafiots tanguent à chaque bosse sur la chaussée et portent des sièges en moleskine qui s’écaillent et se fendent. Les jours neufs cèdent la place à de clinquants Iveco rouges venus d’Italie. Ils n’ont rien à envier à nos bus lillois ou parisiens, avec leurs sièges bleu ciel et leurs barres jaune soleil. A noter que, pour les cars de voyage, il est rare, sauf dans des endroits reculés (en montagne), de circuler dans des véhicules vétustes.

Bardejov trainCompartiment Zvolen-Kremnica

Côté train, même situation que les bus urbains, sauf que les deux époques se chevauchent sur un même attelage de voitures. On pourra ainsi s’asseoir dans des rames contemporaines rouges à salle commune (photo de gauche), avec affichage des arrêts, parfois de la température extérieure et de la vitesse du train. Ou alors on prendra place dans de vieux compartiments de huit personnes, à la façon d’Harry Potter dans le Poudlard Express, où les prises électriques fonctionnent une fois sur deux (photo de droite). Sur les grandes lignes, pas de voiture bar comme dans nos TGV mais passage d’un chariot (comme dans les avions) avec de quoi manger sur le pouce. Dans tous les cas, sachez qu’il n’y a pas de couverture entre deux wagons, c’est-à-dire que l’air passe aisément par-dessous les plaques de métal. Si vous voyagez de nuit, n’oubliez pas votre couverture, à vous !

En bref, les tramways, aux rames récentes, ne se rencontrent qu’à Bratislava et Kosice, les deux plus grandes villes du pays. Le métro, lui, n’existe pas en Slovaquie !

Dégaine des gares

Train Zvolen

A Zvolen, comme dans presque toutes les villes du pays, les gares ont conservé leur architecture des temps du communisme.

Les gares, routières comme ferroviaires, ont toute la même allure, « tout béton », héritée de la période soviétique. L’intérieur de la gare routière de Zvolen, au centre du pays, entièrement rénovée, est une des seules qui surprend par sa modernité. Ailleurs, ne craignez pas de voir la vie en gris ! Aussi, pour les personnes à mobilité réduite ou les routards chargés de bagages, il n’y a pas (même dans la capitale !) d’ascenseur pour accéder aux voies. A la force des bras ou avec l’aide d’empathiques Slovaques (et quelques pauses), on pourra enfin attraper son train… Après l’ultime obstacle des hautes marches pour certaines voitures.

Préparer ses itinéraires

Pour planifier ses trajets, le site cp.atlas.sk, très bien fait, permet d’associer bus et trains. Il est en effet judicieux de combiner les deux moyens de transport, car le train ne dessert pas tous les villages. Le bus, en revanche, s’arrête dans absolument tous les patelins, même ceux de quelques centaines d’âmes, et plusieurs fois par jour ! Trace (plus agréable que la première !) des temps communistes. Mais préférez le train qui est en général moins cher et plus confortable que l’autobus. Pour n’avoir que le train (cp.atlas.sk a tendance à privilégier le bus), deux adresses : la Compagnie Ferroviaire Nationale Slovaque (ZSSK) et Regiojet, compagnie privée qui propose quelques grandes liaisons. Pour les bus urbains, consultez le site des Transports Publics de Ville (MHD). Il couvre les principales agglomérations du pays mais, pour certaines villes, l’entrée d’un itinéraire n’est pas proposée. Si vous ne parlez pas slovaque, rassurez-vous : toutes ces pages possèdent des moteurs de recherche en anglais.

Réseau lent, ponctué de retards

Skoda Presov

Intérieur d’un bus tchécoslovaque Skoda sur la ligne 38 du réseau urbain de Presov, la troisième ville du pays.

Pour voyager en Slovaquie en bus ou en train, il faut ne pas être pressé. Pour parcourir l’équivalent d’un Paris-Lyon (450 km) en train, comptez au minimum six heures ; en bus, près de huit heures ! Dû surtout aux nombreux arrêts (et à l’état très inégal des routes pour les bus), les transports en commun sont lents. En plus, il ne sont pas très ponctuels. Par exemple, sur la ligne Kosice-Presov, qui relie les deuxième et troisième villes du pays, le train ne manque jamais de s’arrêter plusieurs fois en plein milieu de la voie. Le bruit du ralentissement, attention, peut être particulièrement strident ou s’apparenter au vol d’un stuka, les bombardiers allemands de la Seconde Guerre mondiale ! Au final, l’arrivée se fait avec dix, vingt minutes de retard. Cependant, ceci est surtout vrai pour les autobus, arrivez en avance.

Prix : pas cher, et même gratuit pour le train

Si les transports en commun ont plus quelque chose de l’escargot que du guépard, ils ne sont pas chers. Pour notre équivalent de Paris-Lyon, en train comme en autocar, prévoyez une vingtaine d’euros en Slovaquie. Mais, avantage plus qu’intéressant, pour les étudiants étrangers, comme ceux du pays, le train est… gratuit ! Certains critiquent cette mesure mise en place depuis 2014. Elle aurait fait augmenter les tarifs des cars, pour compenser la baisse de fréquentation. Et puis, la gratuité reste contraignante : il faut d’abord demander une carte de voyageur en gare et, pour chaque trajet, continuer à prendre un billet au guichet, en présentant carte de voyageur et carte d’étudiant internationale (ISIC) du pays. Petite facilité par rapport à la France tout de même : les billets ne se compostent pas ; les contrôles sont donc systématiques.

Pour les cars, le statut d’étudiant permet d’avoir 50% de réduction sur les billets. Le plus simple est de les acheter directement au conducteur. Comme dans les trains, n’essayez donc pas de frauder dans les autobus. Il n’y a guère que dans les bus de ville que les contrôles sont rares. Toutefois, à 60 centimes le ticket de bus (1.60€ à Lille), qui se trouve à des machines positionnées à tous les arrêts, cela ne vaut vraiment pas le coup de prendre des risques !

Epilogue des Anciens et des Modernes

Un jour, quand la Slovaquie sera sortie de sa période de transition entre mondes soviétique et occidental, il n’y aura sans doute plus de cohabitation entre les Anciens et les Modernes transports. Ces bus Skoda et ces décrépits wagons reflètent pourtant une ambiance si singulière. Qui invite à prendre le temps de voyager. Qui donne à se replonger dans une histoire que les moins de vingt ans (comme moi) ne peuvent pas connaître. Un jour, ne restera plus que les Modernes. Comme on dit en slovaque, skoda (c’est dommage) !

Jérôme Hereng

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